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Mouhamadou le prof : son parcours d'enseignant engagé

Mouhamadou le prof est devenu une voix incontournable sur les réseaux sociaux pour qui s’intéresse à l’éducation. Professeur des écoles dans le Val-de-Marne, il partage son quotidien et ses réflexions pour ouvrir les portes de l’école aux parents et au grand public. Son parcours illustre comment un enseignant peut créer du lien entre l’institution scolaire et les familles.

Dans cet épisode du podcast « Au-delà de l’image », Mouhamadou raconte son cheminement vers l’enseignement, son expérience sur les réseaux sociaux et sa vision de l’école inclusive. Il aborde sans détour les sujets sensibles : le racisme à l’école, le manque de moyens, la formation insuffisante sur le handicap, et la nécessité de transparence avec les parents.

Vous découvrirez comment il gère sa visibilité, pourquoi il a changé son nom de compte, et ce qui le motive à continuer malgré les critiques. Un témoignage sincère sur un métier passion qui cherche sa place dans la société.

À retenir
  • Mouhamadou est devenu enseignant après des études en sciences humaines, encouragé par son entourage qui voyait en lui une appétence pour la transmission
  • Son compte est né pendant le confinement pour créer un espace d’échange entre enseignants et parents
  • Il a changé son nom de « balance pour la balance » à « mouhamadou le prof » pour une identification plus claire
  • Sa démarche vise l’inclusivité et la transparence plutôt que le consensus ou la popularité
  • Il considère les réseaux sociaux comme un moyen d’ouvrir les portes de l’école et d’apprendre de sa communauté

Qui est Mouhamadou le prof ?

Mouhamadou est professeur des écoles dans le département du Val-de-Marne, en région parisienne. Il enseigne depuis près de 10 ans et occupe actuellement un poste de remplaçant, un choix délibéré qui lui permet de découvrir différents environnements scolaires.

Sur les réseaux sociaux, il partage des anecdotes vécues en classe et des réflexions sur les enjeux éducatifs contemporains. Son compte touche aussi bien les parents que les collègues enseignants, les conseillers pédagogiques et même des inspecteurs. Sa force réside dans sa capacité à aborder des sujets sensibles avec nuance et authenticité, sans chercher à plaire à tout prix.

Auteur du livre « Mouhamadou le prof : 50 histoires vécues », il propose des pistes de réflexion à partir de situations réelles rencontrées en classe. Son objectif reste constant : lever le voile sur ce qui se passe dans les écoles pour éviter que les familles ne fantasment la réalité.

Le parcours vers l’enseignement

Le chemin de Mouhamadou vers l’enseignement n’était pas tracé d’avance. Étudiant en sciences humaines, il s’intéressait à la sociologie et l’anthropologie, des domaines passionnants mais aux débouchés limités. La perspective de devenir enseignant-chercheur face à un grand amphithéâtre ne l’attirait pas.

Des sciences humaines à la salle de classe

Le déclic est venu de conversations avec son entourage. Sous la présidence de François Hollande, le gouvernement avait ouvert davantage de postes d’enseignants pour répondre à la pénurie. C’est dans ce contexte que des proches lui ont fait remarquer ses qualités : son goût pour l’explication, son aisance avec les enfants, sa clarté pédagogique.

Ce qui l’a séduit dans le métier, c’est le public. Les enfants possèdent une curiosité naturelle et une innocence que les adultes perdent en grandissant. Leur capacité à ramener une certaine humilité par leurs questions spontanées le fascine. Avant de se lancer, il avait déjà une expérience avec les jeunes grâce au basket, où il avait coaché des équipes d’enfants, même si l’univers sportif reste différent du cadre scolaire.

Balance pour la balance : la naissance d’un compte

Le compte de Mouhamadou est né pendant le confinement lié au Covid. Les enseignants, considérés comme profession mobilisée, devaient assurer la continuité pédagogique à distance. Il se retrouvait au téléphone avec les parents pour expliquer les documents envoyés.

Ces échanges lui ont révélé un manque de communication. Des informations importantes sur les enfants et leurs familles ne circulaient pas entre l’école et la maison. Il s’est dit que ces connaissances auraient pu l’aider à mieux diriger son enseignement. L’idée est née d’investir les réseaux sociaux pour créer un nouvel espace d’échange, différent du simple partage de ressources pédagogiques que d’autres enseignants faisaient déjà très bien.

Le nom « balance pour la balance » signifiait balancer des informations pour rééquilibrer la balance entre ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de l’école. Beaucoup ne comprenaient pas ce nom. Il a fini par adopter « mouhamadou le prof », un marqueur identifiant plus fort. Même s’il ne raconte pas beaucoup sa vie privée sur les réseaux, il a fait cette concession pour que les gens se sentent plus proches.

Les 7 enseignements à retenir de cet échange

Cet échange avec Mouhamadou révèle plusieurs leçons précieuses sur l’enseignement, la communication et l’engagement.

Ouvrir les portes de l’école aux parents

Mouhamadou insiste sur la nécessité de transparence. Quand les portes de l’école restent fermées, les parents imaginent ce qui s’y passe, parfois très loin de la réalité. Mieux vaut parler de la réalité, même difficile, que laisser les fantasmes prendre le dessus.

L’exemple de l’EVARS (éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle) illustre parfaitement ce point. Les parents s’inquiètent de ce qu’on va apprendre à leurs enfants. La solution ? Leur montrer concrètement le contenu des enseignements, être dans l’échange plutôt que dans la confrontation. La transparence rassure et évite les malentendus.

L’importance de l’inclusivité dans l’éducation

L’inclusivité constitue le fil rouge de l’engagement de Mouhamadou. Il pense l’école comme un lieu où tout le monde a sa place, même si cette place n’est pas identique pour tous. C’est une histoire de complémentarité. Personne n’arrive seul à ses accomplissements, chacun a besoin de mentors et de personnes pour le guider.

Cette vision interroge notre rapport à la différence. Les questions d’inclusivité touchent aussi bien le handicap que l’origine, le genre ou toute forme de singularité. Ces questions dépassent l’école mais impactent directement la manière dont les apprentissages se déroulent, car les enfants importent dans la classe ce qu’ils observent dans la société.

Gérer sa visibilité sur les réseaux sociaux

Mouhamadou a développé une stratégie claire pour se protéger. Il ne partage presque rien de sa vie privée, même si cela peut donner une image épurée qui frustre certains. Les gens ont besoin de voir l’humain imparfait derrière le contenu, mais il préfère garder des frontières nettes.

Sa règle : ce qu’on ne laisse pas voir ne peut pas être critiqué. Tout ce qui apparaît sur les réseaux devient sujet à commentaires, qu’il s’agisse du contenu ou d’un bouton sur le visage. Il faut accepter cette réalité avant de publier. Il pratique aussi des pauses régulières pour préserver son bien-être mental, car cette visibilité récente ne correspond pas à son goût naturel pour l’anonymat.

Apprendre de sa communauté en ligne

Les réseaux sociaux ont enrichi la pratique pédagogique de Mouhamadou. Des parents concernés par le handicap lui ont donné des ressources précieuses. Des personnes l’ont corrigé sur des termes inappropriés, comme « transsexuel » au lieu de « transgenre », ou sur l’expression à utiliser quand quelqu’un se donne la mort par suicide.

Ces corrections lui permettent de ne pas heurter involontairement des personnes qu’il pourrait côtoyer dans sa classe ou en salle des maîtres. Il remercie ceux qui prennent le temps de l’éduquer avec bienveillance. Cette humilité face aux retours fait partie intégrante de sa démarche.

La réalité du métier d’enseignant aujourd’hui

Le métier d’enseignant traverse une crise de reconnaissance. Le pouvoir d’achat des professeurs a diminué de manière significative en 40 ans. Là où ils gagnaient environ deux fois le SMIC il y a quatre décennies, ils touchent aujourd’hui à peine une fois et demie ce montant.

Le gel du point d’indice explique cette situation. Pendant que le coût de la vie augmente, le salaire des fonctionnaires reste constant, créant une baisse mécanique du pouvoir d’achat. Les enseignants deviennent une variable d’ajustement budgétaire. À cette précarité financière s’ajoute un discours politique qui les dépeint parfois comme des fainéants, alors qu’ils accomplissent une mission de service public essentielle : former les citoyens de demain.

Ne pas se laisser enfermer dans une case

Mouhamadou refuse d’être un étendard ou un représentant officiel du métier. Il partage sa pratique et son expérience sans prétendre détenir la vérité absolue. Il conçoit sa responsabilité en tant que créateur de contenu noir, conscient que sa visibilité peut inspirer, mais il ne veut pas se travestir pour correspondre aux attentes.

Il préfère rester fidèle à lui-même, quitte à heurter parfois son audience. Le consensus ne l’intéresse pas. Il assume ses positions tout en restant ouvert au dialogue et aux critiques constructives. Cette authenticité constitue l’une des forces de son compte.

Aller au-delà des premières impressions

Pour Mouhamadou, aller au-delà de l’image signifie ne pas se laisser piéger par les stéréotypes et les clichés. La réalité reste toujours plus nuancée que la première impression. On n’a peut-être pas deux fois l’occasion de faire une bonne première impression, mais on peut justement aller au-delà de cette première impression.

Cette philosophie s’applique autant dans la classe qu’en dehors. Ne pas juger un élève sur son apparence ou son comportement initial. Ne pas réduire une personne à ce qu’on perçoit au premier regard. C’est dans cette nuance que se trouvent les vraies découvertes et les vrais échanges.

Les défis du métier d’enseignant

Le témoignage de Mouhamadou met en lumière plusieurs obstacles structurels auxquels les enseignants font face quotidiennement.

Le manque de formation spécialisée

L’expérience en classe ULIS (unité localisée d’inclusion scolaire) illustre parfaitement ce problème. Un matin, on appelle Mouhamadou pour remplacer dans cette classe accueillant des élèves en situation de handicap. Il signale qu’il n’a pas la formation adéquate. On lui répond qu’il doit quand même y aller.

Il se retrouve face à une hétérogénéité maximisée : un élève qui ne peut éteindre le robinet car l’eau le rassure, un autre physiquement plus grand que lui mais au niveau scolaire d’un enfant de 4 ans, un élève non verbal qui ne gère pas ses émotions. Sans la présence d’une AESH (accompagnant d’élèves en situation de handicap) expérimentée qui connaissait les enfants, la journée aurait été catastrophique.

Ce manque de formation touche aussi l’EVARS. Mouhamadou a suivi une formation via un syndicat, bénéfique mais insuffisante. Les enseignants restent peu outillés sur les systèmes de prévention et le repérage d’élèves en difficulté. En école élémentaire, il n’y a pas ou très peu d’infirmiers scolaires, et les psychologues scolaires s’occupent de 500 à 1000 élèves simultanément. Ce n’est pas viable.

La reconnaissance et les conditions de travail

Les enseignants aiment généralement leur métier, surtout le temps passé avec les élèves. Beaucoup le font par passion. Mais la passion ne suffit pas quand le salaire stagne pendant que les prix augmentent. Le métier attire de moins en moins, créant une pénurie qui oblige le système à envoyer des remplaçants non formés dans des classes spécialisées.

La société ne reconnaît pas le travail accompli. Les vacances font l’objet de critiques récurrentes, alors qu’elles sont nécessaires pour recharger les batteries après des périodes intenses. Le système épuise les professeurs et les élèves. Certains collègues se donnent la mort par suicide, signal dramatique que personne ne semble interpréter.

La colère du corps enseignant ne vient pas du public (les familles en face) mais de l’institution. Les enseignants ne se sentent ni écoutés, ni respectés par ceux qui ont le pouvoir de changer les choses. Cette situation touche toute la fonction publique : infirmiers, policiers, tous défendent leur situation sans voir qu’ils partagent les mêmes difficultés.

Conseils pour les enseignants et les parents

Pour les enseignants

Utilisez la vidéo pour progresser. Se filmer en classe permet de voir sa pratique avec un regard extérieur. Vous découvrirez des choses que vous ne soupçonniez pas : l’élève qui ne vous écoutait pas, celui qui avait besoin d’aide pendant que vous étiez concentré ailleurs.

Créez des espaces d’échange avec les parents. Ne vous contentez pas de communiquer quand il y a un problème. Prenez 30 secondes à la sortie pour dire à un parent que sa journée s’est bien passée. Un sourire sincère fait du bien et crée du lien.

Formez-vous en continu. Les réseaux sociaux peuvent être une ressource. Échangez avec vos pairs, lisez des ouvrages, suivez des comptes de collègues. Ne restez pas isolé dans votre classe.

Protégez votre vie privée en ligne. Si vous partagez du contenu professionnel sur les réseaux, gardez des frontières claires entre votre vie publique et privée. Ce que vous ne montrez pas ne peut pas être critiqué.

Acceptez les critiques constructives. Certains retours, même négatifs en apparence, peuvent vous faire progresser. Restez ouvert au dialogue tout en filtrant ce qui relève de la critique gratuite.

Pour les parents

Descendez dans la rue lors des mouvements de grève. Soutenir les enseignants, c’est soutenir le bien-être de vos enfants à l’école. À deux, on crie toujours plus fort que tout seul.

Participez aux sorties scolaires. C’est l’occasion de voir votre enfant dans un autre contexte et de comprendre ce qui se passe réellement en classe. Vous découvrirez peut-être des aspects de sa personnalité que vous ne connaissiez pas.

Demandez de la transparence. Si vous avez des questions sur les programmes, notamment sur des sujets sensibles comme l’EVARS, demandez à voir le contenu. Les enseignants doivent pouvoir expliquer ce qu’ils enseignent.

Faites confiance tout en restant vigilant. Les enseignants font leur métier avec passion, mais ils manquent parfois de moyens et de formation. Votre rôle est de soutenir sans être intrusif, d’échanger sans juger.

Reconnaissez le travail accompli. Un simple merci ou un retour positif peut faire énormément de bien à un enseignant qui reçoit plus souvent des critiques que des encouragements.

Ressources citées dans l’épisode

Livre : « Mouhamadou le prof : 50 histoires vécues » publié chez Hachette. Ce livre rassemble 50 anecdotes réelles vécues en classe avec des pistes de réflexion sur des thématiques variées (inclusion, différence, racisme, rapports genrés). Les histoires peuvent être lues dans n’importe quel ordre.

Créatrice de contenu : Miss ToireGéo sur les réseaux sociaux. Elle propose du contenu d’histoire et de géographie principalement pour le niveau collège, mais accessible aussi aux élèves d’élémentaire intéressés par ces sujets.

Projet : Portraits de grandes figures liées à la lutte contre l’esclavage, en partenariat avec la Fondation pour la mémoire de l’esclavage et Casden Banque Populaire. Mouhamadou a réécrit ces portraits avec l’illustratrice Adriel Lebrun. Les vidéos sont disponibles sur YouTube et sur le site de Casden. ​​https://www.vousnousils.fr/esclavage-expo

 

Écouter l’épisode complet

Cet échange avec Mouhamadou le prof offre un regard sincère sur le métier d’enseignant et les enjeux de l’éducation aujourd’hui. Pour découvrir l’intégralité de la conversation et entendre directement sa voix, rendez-vous sur l’épisode du podcast « Au-delà de l’image ».

Vous y trouverez des anecdotes supplémentaires, des moments d’humour et de profondeur qui ne peuvent se résumer par écrit. Écoutez l’épisode sur votre plateforme préférée et n’hésitez pas à le partager autour de vous si vous pensez qu’il peut intéresser d’autres parents, enseignants ou curieux du monde de l’éducation.

Regarder sur Youtube : https://youtu.be/bTb0mvO8V0I?si=Z_pvrB1mnhUlvFzt

Ce qu’il faut retenir
  • Mouhamadou est devenu enseignant après des études en sciences humaines, attiré par la curiosité naturelle des enfants
  • Son compte sur les réseaux sociaux est né pendant le confinement pour créer un pont entre l’école et les familles
  • Il a écrit un livre avec 50 histoires vécues en classe pour ouvrir les portes de l’école
  • L’inclusivité reste au cœur de sa vision éducative : chacun a sa place même si cette place n’est pas identique
  • Les enseignants manquent cruellement de formation spécialisée, notamment sur le handicap et l’EVARS
  • Le métier souffre d’un manque de reconnaissance et d’une baisse continue du pouvoir d’achat depuis 40 ans
  • Aller au-delà de l’image signifie dépasser les stéréotypes et les premières impressions pour découvrir la nuance
  • Les parents peuvent soutenir l’école en participant aux mobilisations et en s’impliquant dans la vie scolaire
  • La transparence entre enseignants et familles reste la clé pour éviter les fantasmes et les malentendus