manu dibango ce qu'il m'a appris avant de nous quitter

Samuel Nja Kwa : Capturer l'âme de l'art et identité africaine

Comment un objet comme un appareil polaroïd peut-il transformer une vie d’artiste ? Samuel Nja Kwa, photographe franco-camerounais, a fait de la photographie le témoin de quarante ans de culture noire à travers le monde. De Ray Charles à Manu Dibango, il documente l’art africain sous toutes ses formes. Cet épisode s’adresse à tout artiste ou passionné de culture cherchant à comprendre comment un regard peut révéler l’invisible. Samuel partage son parcours sur trois continents et sa quête identitaire pour raconter des mémoires vivantes. Vous découvrirez comment cet auteur a transformé ses interviews en œuvres de référence, illustrant la force de l’art contemporain africain.

À retenir
    • L’artiste Samuel Nja Kwa a appris la photographie en autodidacte avant de devenir un journaliste spécialisé dans le domaine culturel.
    • Sa double culture a nourri une question identitaire qui traverse toute son œuvre photographique et son travail d’auteur.
    • Il a créé sa propre plateforme d’édition pour garantir la diffusion de son premier document sur le jazz.
    • Manu Dibango l’a choisi pour documenter un véritable testament artistique.
    • Son style de portrait se concentre sur l’expression humaine pour valoriser l’identité des musiciens.

 

Qui est Samuel Nja Kwa ?

Samuel Nja Kwa est un artiste, journaliste et photographe dont le travail sur l’art africain est reconnu à l’international. Auteur de plusieurs livres comme Route du Jazz ou Soul Makossa Man, il documente la mémoire des cultures à travers le monde. Son œuvre se distingue par des portraits en noir et blanc où chaque visage devient une question d’histoire. Fondateur de la biennale DUTA, il a aussi agi comme commissaire pour une exposition au Musée de l’Homme consacrée à l’héritage de l’esclavage.

Un parcours entre trois continents

Le chemin de cet artiste se construit par l’innovation et les rencontres. Né à Paris, formé à Montréal et élevé à Douala, il incarne cette identité africaine plurielle. Chaque étape a façonné sa vision de la création artistique.

L’éveil à Paris et l’enfance à Douala

La première question sur son identité survient à l’école à Paris, marquant le début d’une conscience précoce de la condition noire. À la même époque, les images de lutte pour les droits aux États-Unis impriment son esprit. Au Cameroun, il découvre la pratique professionnelle dans un studio réputé, faisant de l’objet photographique une chose familière et essentielle.

La formation à Montréal et le retour en France

À 15 ans, il se forme en autodidacte dans un laboratoire photo. Plus tard, il étudie les sciences politiques à Montréal, véritable carrefour de la diaspora africaine. Il y découvre les festivals de jazz, où l’expression artistique de l’héritage africain s’exprime librement. Ses études lui apportent la rigueur nécessaire à la production de ses futurs projets de culture.

Du journalisme à la photographie

De retour en France, il devient pigiste et collabore avec des titres comme Les Nouvelles de la Francophonie. En rencontrant chaque artiste, il emporte son appareil pour capturer une œuvre visuelle. Une question revient : comment exprimer son identité africaine par la musique ?. Sans le chercher, il accumule des portraits qui témoignent d’un style unique. En 2014, une première exposition à Abidjan le pousse à devenir auteur pour combler un manque sur le marché de l’édition.

Les 7 enseignements du parcours de Samuel Nja Kwa

  • L’identité se construit à travers les rencontres : Pour cet artiste, l’identité africaine est un héritage culturel partagé par des millions de personnes sur le continent et ailleurs.
  • La musique comme fil conducteur culturel : Le rythme est l’essence de la vie. Le jazz est une forme d’art africain transformée par l’histoire.
  • Devenir auteur-éditeur par nécessité : Face au refus des institutions, il a pris le pouvoir sur sa propre production.
  • Créer des passerelles entre les cultures : Samuel est un passeur reliant l’Afrique à sa diaspora.
  • La rigueur et le travail quotidien : L’innovation ne suffit pas ; la pratique et la constance, apprises auprès de grands noms, font la différence.
  • Aller au bout de ses projets : Malgré les barrières, il faut terminer chaque œuvre. Dix-huit ans ont été nécessaires pour Route du Jazz.
  • Se faire passeur de mémoire : Sa mission est de partager une mémoire que l’éducation traditionnelle oublie parfois.

Les défis et moments de bascule

Le refus des éditeurs a été le déclencheur de son autonomisation en tant qu’auteur. De même, le confinement a été une opportunité pour redéfinir son approche : ne pouvant plus photographier de scène, il a utilisé l’écriture pour donner un nouveau discours à ses images.

10 conseils actionnables pour documenter une culture

  • Commencez par une question personnelle pour nourrir votre quête.
  • Fréquentez les lieux de création pour rencontrer chaque artiste.
  • Utilisez un fil conducteur thématique pour créer un dialogue dans votre œuvre.
  • Définissez votre cadre esthétique avant de déclencher.
  • Laissez la matière s’accumuler avant de structurer votre projet.
  • Formez-vous aux outils techniques pour garder votre indépendance de création.
  • Trouvez votre style et votre signature visuelle.
  • Soyez une passerelle entre différents mondes culturels.
  • Transformez chaque contrainte en un nouveau moteur d’innovation.
  • Travaillez votre art avec une constance quotidienne

Les œuvres et ressources citées

Samuel Nja Kwa mentionne plusieurs de ses livres et projets au cours de l’épisode. Voici les références complètes pour approfondir son univers.

Livres de Samuel Nja Kwa :

  • Route du Jazz (2014) : Une exploration du lien entre art, musique et histoire.
  • Africa is Music (2018) : Un voyage visuel sur le continent.
  • Jazz On My Mind (2021) : Un portrait intime de la scène musicale.
  • Soul Makossa Man (2021) : Un hommage culturel à Manu Dibango.
  • Exposition Impressions Mémorielles (2017) au Musée de l’Homme.

Personnalités mentionnées :

  • Manu Dibango (saxophoniste camerounais, auteur de Soul Makossa)
  • Doudou Diène (directeur de la division La Route de l’Esclavage à l’UNESCO)
  • Randy Weston (pianiste de jazz américain)
  • Abbey Lincoln (chanteuse de jazz et activiste américaine)
  • Ray Charles, Ahmad Jamal, Herbie Hancock (légendes du jazz)
  • Richard Bona (bassiste camerounais)

Samuel cite également l’exposition Impressions Mémorielles qu’il a organisée au Musée de l’Homme à Paris en 2017, ainsi que la biennale DUTA (Douala Urban Touch of Arts) qu’il a fondée en 2005 pour promouvoir la photographie et les arts visuels en Afrique centrale.

Écouter l’épisode complet

Cette conversation avec Samuel Nja Kwa révèle bien plus que ce résumé ne peut contenir. Les anecdotes, les silences, les émotions dans sa voix lorsqu’il évoque Manu Dibango, tout cela mérite d’être entendu intégralement. Écoutez l’épisode complet pour plonger dans son univers et découvrir comment un regard peut raconter quarante ans d’histoire culturelle.

L’épisode est disponible sur toutes les plateformes : Spotify, Apple Podcasts, Deezer et YouTube.

Abonnez-vous au podcast Au-delà de l’image pour ne manquer aucun épisode et partagez cet entretien avec les personnes qui s’intéressent à l’art, à la photographie et aux cultures africaines. Vos retours et commentaires nourrissent la conversation.

Conclusion

Le parcours de Samuel Nja Kwa démontre qu’un regard peut devenir un acte de mémoire et de transmission. En documentant les cultures noires à travers le monde, il révèle les liens invisibles qui unissent l’Afrique et ses diasporas. Sa double culture, loin d’être un obstacle, devient sa force. Elle lui permet de créer des passerelles entre des mondes séparés par l’histoire mais reliés par le rythme, la musique et l’identité.

Son approche offre un modèle pour tous les créateurs qui cherchent à documenter une culture ou une communauté. Pas besoin de diplôme officiel ou de reconnaissance institutionnelle pour commencer. Il faut une question personnelle, de la constance, et l’humilité d’apprendre en marchant. Les refus deviennent des tremplins. Les contraintes libèrent la créativité. Et au bout du chemin, des livres, des images, des témoignages qui touchent le cœur et font vibrer la mémoire collective.

Manu Dibango avait raison : ne jamais dire qu’on ne nous a rien donné. Samuel a reçu un héritage culturel immense, il le transmet à son tour. En photographiant l’art et identité africaine sous toutes ses formes, il assure que ces mémoires vivantes ne s’effacent pas. Chaque portrait est une victoire contre l’oubli. Chaque livre est un pont jeté entre hier et demain.